Ces 7 chefs-d'œuvre africains bâtis en banco qui défient le temps

    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique
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  • Temps de lecture: 8 min

En Afrique, la terre a longtemps été bien plus qu'un simple matériau de construction. Du Mali au Bénin, en passant par le Burkina Faso, le Niger, le Ghana et le Cameroun, plusieurs générations de bâtisseurs ont développé une architecture ingénieuse, adaptée au climat et profondément ancrée dans les cultures locales.

Voici 7 chefs-d'œuvre africains bâtis en terre qui, malgré les siècles, continuent de défier le temps. Ce sont des mosquées monumentales, des palais royaux, des maisons-forteresses ou des habitations aux formes étonnantes.

1. La Grande Mosquée de Djenné (Mali)

Initialement construite vers 1280 par le roi Koi Komboro qui venait de se convertir à l'islam, la mosquée de Djenné a été abandonnée et laissée en ruine au début du XIXe siècle. L'actuel édifice en terre crue (banco) date de 1907. Il a été reconstruit sous l'administration coloniale française sur la base de plans fournis par l'architecte Ismaïla Traoré.

En 1988, la grande mosquée a été inscrite, avec la ville de Djenné, sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco qui la présente comme l'exemple le plus expressif de l'architecture en terre de Djenné et comme le plus grand monument emblématique en terre de l'architecture soudano-sahélienne.

Située à 130 km au sud-ouest de la capitale régionale Mopti, la ville de Djenné a été fondée au VIIIe siècle. "Habité depuis 250 av. J.-C., le site de Djenné s'est développé pour devenir un marché et une ville importante pour le commerce transsaharien de l'or."

Aux XVe et XVIe siècles, la ville a été un foyer de diffusion de l'islam. Ses maisons traditionnelles, dont près de 2 000 ont été préservées, sont bâties sur de petites collines toguere et adaptées aux inondations saisonnières", renseigne la Déclaration de la Valeur universelle exceptionnelle publiée sur le site de l'Unesco.

2. Le Tombeau des Askia (Gao, Mali)

Édifié en 1495 par Askia Mohammed, empereur du Songhaï, quand Gao est devenu la capitale de l'empire, ce monument en terre combine fonction funéraire et religieuse.

"Le site, Tombeau des Askia, est situé dans la ville de Gao. Le bien comprend les éléments suivants : la tour pyramidale, les deux mosquées à toit plat, les nécropoles et la place de la pierre blanche", peut-on lire dans la brève publiée sur le site de l'Unesco pour expliquer la valeur universelle exceptionnelle du site.

En effet, sa grande pyramide à degrés, ses mosquées et ses éléments en bois en font l'un des exemples les plus remarquables de l'architecture soudano-sahélienne. Il est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2004.

"Le Tombeau des Askia a été bâti lorsque Gao devint la capitale de l'Empire et que l'islam fut adopté comme religion officielle", renseigne l'Unesco.

3. La Cour royale de Tiébélé (Burkina Faso)

"Installée depuis le XVIe siècle au pied de la colline Tchébili, à 172 kilomètres au sud de la capitale Ouagadougou et à une quinzaine de kilomètres au nord de la frontière avec le Ghana, la Cour royale de Tiébélé est un ensemble architectural en terre témoignant de l'organisation sociale et des valeurs culturelles du peuple kasena", indique l'Unesco.

"Clôturée par un mur d'enceinte défensif, la Cour royale est composée d'un ensemble d'édifices organisés en concessions distinctes et séparés par des murs et des passages les reliant aux lieux de cérémonies ou de rassemblement extérieurs à l'enclos", explique-t-on sur le site de la Convention du patrimoine mondial de l'Unesco.

Construites par les hommes de la Cour royale, cet ensemble architectural en terre est particulièrement célèbre pour ses façades décorées de motifs géométriques réalisées par les femmes, seules détentrices du savoir et chargées de sa transmission.

Inscrit en 2024, le bien s'étend sur une superficie de 1,84 hectares.

4. Le Palais du Sultan de Zinder (Niger)

Ancienne capitale du Niger de 1911 à 1926, Zinder doit son essor à sa position stratégique sur les routes du commerce transsaharien, entre le Sahara, le Nigeria, Niamey et le Tchad. Au cœur de sa vieille ville, le quartier de Birni témoigne de l'histoire du sultanat du Damagaram, fondé vers 1736. En 1812, le sultan Suleymane Dan Tanimoune y établit définitivement le siège du pouvoir.

Le palais du sultan, construit entre 1850 et 1852 sous le règne de Tanimoune, aurait été réalisé sous la direction du maître maçon Mahaman Giwa. Implanté au cœur de Birni, il demeure la propriété du sultanat. L'ensemble s'étend sur environ 1,2 hectare, entouré d'un mur d'enceinte et composé de nombreux bâtiments. Le quartier lui-même était autrefois protégé par une imposante muraille, construite entre 1855 et 1856, dont subsistent encore quelques vestiges.

Birni abrite également les maisons les plus richement décorées de Zinder, témoignant de la splendeur de l'architecture haoussa, de son raffinement artistique et de sa valeur esthétique. Visité notamment par l'explorateur allemand Heinrich Barth en 1855, puis par le capitaine Foureau en 1899, Zinder conserve ainsi les traces d'un puissant passé politique, commercial et architectural.

5. La mosquée de Larabanga (Ghana)

Située dans le village de Larabanga, une localité du centre de la région du Nord du Ghana, la mosquée est construite en terre et son architecture est influencée par l'architecture soudanaise, avec des tours pyramidales et des poutres horizontales qui dépassent de sa façade.

Mesurant environ 8 m de côté, la mosquée, dont la date de construction reste inconnue, est réputée être la plus ancienne du Ghana, voire de l'Afrique de l'Ouest, puisque les dates avancées pour sa construction s'étendent du XIIIe au XIVe siècle. Elle est généralement datée de 1421, même si certaines sources donnent des chronologies différentes.

Elle possède quatre portes : l'une pour le chef du village, une autre pour les hommes, une troisième pour les femmes et la dernière pour le muezzin. Elle dispose d'un minaret à son angle nord-ouest.

Restaurée de manière inappropriée dans les années 1970, elle a été mentionnée en 2002 sur la liste des monuments en danger du Fonds mondial pour les monuments, après l'effondrement d'un de ses minarets à la suite d'un orage en 2000.

6. Les cases obus des Mousgoum (Cameroun/Tchad)

Ce ne sont pas des monuments religieux ou royaux, mais plutôt une architecture résidentielle absolument spectaculaire. Ces habitations traditionnelles, appelées tòlék chez les Mousgoum, peuple de pêcheurs et d'éleveurs de poneys vivant au Cameroun et au Tchad, sont particulièrement adaptées aux plaines inondables du Logone. Leur forme conique ou ogivale et leurs cannelures constituent à la fois des éléments structurels et des moyens d'ascension lors de la construction.

Faites d'un mélange de terre et d'herbe, sur un plan circulaire, par superposition d'assises successives, ces cases qui peuvent atteindre quinze à vingt mètres de hauteur ont fasciné les différents voyageurs et missionnaires occidentaux qui ont sillonné la région.

Elles sont appelées "cases obus" par les premiers observateurs militaires qui ont visité la région.

7. Les Tata Somba (Bénin/Togo)

Les Tata Somba désignent notamment les habitations fortifiées des Somba aussi appelés Batammariba, dans le nord-ouest du Bénin et le nord-est du Togo. Au Togo, ces tatas sont aussi connus sous le nom de Takienta. Elles s'inscrivent dans le paysage culturel de Koutammakou, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco et étendu au territoire béninois en 2023.

Le mot tata désigne une maison fortifiée, tandis que l'expression tata somba signifie la "maison fortifiée des Somba". Construites en terre, avec du bois et des matériaux végétaux, ces cases sont formées de tours cylindriques, de murs épais et de petites ouvertures.

Constituées généralement de deux niveaux, elles ressemblent à de petits châteaux et servent d'habitation, de réserve, de protection ou d'espace rituel. Elles protègent les habitants contre les animaux sauvages et contre d'éventuels agresseurs.

De la majestueuse Grande Mosquée de Djenné aux étonnantes cases obus des Mousgoum, ces édifices racontent une autre histoire de l'architecture africaine : celle d'un savoir-faire fondé sur la maîtrise de matériaux locaux, l'adaptation au climat et la transmission des connaissances de génération en génération.

Mais derrière leur beauté se joue aussi un défi majeur : leur fragilité face au temps, aux transformations urbaines et aux effets du changement climatique.

Toutefois, leur sauvegarde ne consiste pas uniquement en leur protection, mais en la préservation des techniques et de la mémoire collective qui les ont entretenus jusque-là.