Trois choses à savoir sur le Magal de Touba qui mobilise des millions de fidèles au Sénégal

Une foule de talibés mourides habillés en Baye Fall sur un artère menant à la Grande Mosquée de Touba.

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Légende image, Une foule de talibés mourides habillés en Baye Fall sur un artère menant à la Grande Mosquée de Touba.
    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique
  • Published
  • Temps de lecture: 9 min

Le Grand Magal de Touba, prévu le dimanche 2 août 2026, est l'un des plus grands rassemblements religieux dans le monde, et réunit chaque année plusieurs millions de personnes au Sénégal et dans la diaspora mouride.

Le Grand Magal de Touba, qui commémore un épisode fondateur de l'histoire du mouridisme, constitue un moment de prière, de reconnaissance et de solidarité au Sénégal et dans la diaspora mouride.

Pour vous faire comprendre ce qui attire chaque année des millions de fidèles à Touba, la BBC revisite l'origine du Magal, de la personnalité de Cheikh Ahmadou Bamba, son fondateur, et la place singulière qu'occupe aujourd'hui la ville sainte de Touba.

Qu'est-ce que le Magal de Touba ?

Des musulmans sénégalais visitent le tombeau de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de l'ordre religieux Mouridiyya, à la Grande Mosquée de Touba lors du  Grand Magal, commémorant le 120e anniversaire du retour de Bamba d'exil, à Touba, au Sénégal, le 11 décembre 2014.

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Légende image, Des musulmans sénégalais visitent le mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du Mouridisme, à la Grande Mosquée de Touba lors du Grand Magal de 2014.

Le mot "magal", d'origine wolof, signifie "rendre hommage", "célébrer" ou "magnifier". Plus grand rassemblement religieux de la confrérie mouride, le grand Magal de Touba est avant tout une journée d'action de grâce dédiée à Dieu.

La première célébration a été faite par le Cheikh de son vivant, alors qu'il est en résidence surveillée à Diourbel.

C'est Serigne Fallou Mbacké. son fils et deuxieme khalife de la confrérie dans l'ordre de succession, qui a invité les disciples à venir passer le Magal dorénavant à Touba. C'était en 1947.

Le Magal commémore le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon en 1895. Cet épisode, loin d'être perçu comme une défaite, est considéré par les mourides comme une victoire spirituelle et un symbole de foi, de patience et de confiance en Dieu.

À la fin du XIXᵉ siècle, dans un contexte de domination coloniale française, l'influence grandissante de Cheikh Ahmadou Bamba suscite l'inquiétude de l'administration. En 1889, le gouverneur Clément Thomas lui ordonne de renvoyer ses disciples dans leurs villages, sans succès. Une surveillance étroite et des persécutions s'ensuivent, poussant de nombreux mourides à se réfugier à Touba.

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Après plusieurs convocations à Saint-Louis, Cheikh Ahmadou Bamba quitte Touba en avril 1895 pour s'établir à Mbacké Bari, dans le Djolof. Alors qu'il se rend finalement auprès des autorités coloniales, il est arrêté le 10 août 1895 à Djéwol par l'armée française. Conduit successivement à Coki, Louga puis Saint-Louis, il comparaît devant une commission présidée par le gouverneur général de l'Afrique occidentale française (AOF), qui décide, le 5 septembre 1895, de son exil au Gabon.

"Les machinations ourdies par des personnes malveillantes ont abusé les colons au point qu'ils laissèrent libre cours à leur imagination, or celle-ci est souvent source de fausses idées", écrit le Cheikh dans son poème intitulé "Assiru ma al abrari".

Le 21 septembre 1895, il embarque à bord du paquebot *Pernambuc* à destination du Gabon. C'est ce départ en exil que les mourides commémorent chaque année au cours du Grand Magal.

Durant cette journée, les fidèles se consacrent à la préparation et à la distribution de repas copieux aux prières, aux récitations du Coran, à la déclamation des "khassaïdes" – les poèmes religieux de Cheikh Ahmadou Bamba –, aux conférences religieuses ainsi qu'au rappel des événements marquants de son exil.

Le grand Magal n'est pas une fête religieuse prescrite par l'islam. Il s'agit d'une commémoration propre à la confrérie mouride, instituée en signe de reconnaissance envers Dieu pour les épreuves traversées par son fondateur.

Sa date est fixée selon le calendrier musulman de l'Hégire, fondé sur les cycles lunaires. Elle avance ainsi d'une dizaine de jours chaque année dans le calendrier grégorien et peut exceptionnellement être célébrée deux fois au cours d'une même année civile, comme en 2013.

Après sept années d'exil au Gabon – cinq à Mayumba et deux à Lambaréné – dans des conditions particulièrement éprouvantes, Cheikh Ahmadou Bamba regagne Dakar le 11 novembre 1902 à bord du navire *Ville de Maceio*, accueilli par une foule de disciples venus célébrer son retour.

" Réjouis dans un proche terme, à travers ma personne, tous les musulmans et illumine à travers moi l'Islam, Ô Toi Qui illumines !".

Qui était Cheikh Ahmadou Bamba ?

Cheikh Ahmadou Bamba est le fondateur de la confrérie mouride, un mouvement soufi qui prône un islam basé sur le travail, la prière, et le dévouement à Dieu.

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Légende image, Cheikh Ahmadou Bamba est le fondateur de la confrérie mouride, un mouvement soufi qui prône un islam basé sur le travail, la prière, et le dévouement à Dieu.

Né en 1853 à Mbacké-Baol, dans l'actuelle région de Diourbel, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké est un théologien, juriste et guide spirituel musulman sunnite.

Fondateur de la confrérie mouride, il demeure l'une des figures les plus marquantes de l'histoire du Sénégal, tant par son influence religieuse que par son héritage social.

Fils de Mame Mor Anta Sali Mbacké et de Sokhna Diarra Bousso, il grandit dans une famille d'érudits. Très jeune, il est initié à l'étude du Coran et des sciences islamiques par son père avant de poursuivre sa formation dans plusieurs écoles coraniques de la région.

Savant, poète mystique et maître soufi, Cheikh Ahmadou Bamba prêche un islam fondé sur la foi, le travail, la discipline, la patience et la soumission à Dieu. Son enseignement donnera naissance à la Mouridiyya, une voie spirituelle qui fait du travail un acte de dévotion, de la quête du savoir un devoir et de la perfection morale un idéal.

Face à la colonisation française, il choisit la résistance pacifique plutôt que la confrontation armée. Arrêté à plusieurs reprises et contraint à l'exil, il ne renonce jamais à ses convictions. Au contraire, ces épreuves renforcent son prestige auprès de ses disciples et contribuent à l'essor du mouridisme.

Sa pensée est souvent résumée par cette maxime largement attribuée à la tradition mouride : "Travaille comme si tu ne devais jamais mourir et prie comme si tu devais mourir demain".

Cheikh Ahmadou Bamba laisse également une œuvre littéraire considérable. Il compose des milliers de poèmes et de traités religieux en arabe, connus sous le nom de "Khassaïdes", qui continuent d'être étudiés, récités et chantés par les fidèles mourides à travers le monde.

Il est enfin le fondateur de Touba, aujourd'hui l'une des plus grandes villes du Sénégal et le principal centre spirituel de la confrérie mouride. Chaque année, des millions de pèlerins s'y rassemblent à l'occasion du Grand Magal pour honorer sa mémoire et perpétuer son héritage.

Que représente la ville sainte de Touba ?

Une vue aérienne de la Grande Mosquée de Touba montre des membres de la confrérie mouride rassemblés dans la ville sainte de Touba, au Sénégal, le 21 mars 2025, pour la prière du vendredi, vingtième jour du Ramadan. Les adeptes de l'ordre soufi mouride commémorent la rencontre historique entre leur fondateur, le cheikh Ahmadou Bamba, et son premier disciple, Mame Ibrahima Fall, en effectuant un pèlerinage à Touba, située à environ 200 kilomètres de la capitale, Dakar.

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Légende image, Une vue aérienne de la Grande Mosquée de Touba montre des membres de la confrérie mouride rassemblés dans la ville sainte de Touba, au Sénégal, le 21 mars 2025, pour la prière du vendredi, vingtième jour du Ramadan.

"Fais de ma demeure, la cité bénie de Touba, un lieu qui accorde le bénéfice charismatique du pélerinage à celui qui a le voeu de l'accomplir mais est indigent et incapable d'aller à la Mecque" , écrit le Cheikh dans son recueil Matlabul Fawzeini.

Fondée en 1887 par Cheikh Ahmadou Bamba, Touba est aujourd'hui la capitale spirituelle de la confrérie mouride et l'une des villes les plus emblématiques du Sénégal. Son nom fait référence, dans la tradition islamique, à Touba, un arbre du Paradis, symbole de bénédiction et de félicité.

Située à près de 194 kilomètres à l'est de Dakar, Touba est devenue la deuxième plus grande ville du pays, avec une population estimée à environ 1,15 million d'habitants en 2026. Lors du grand Magal, cette population est multipliée par plusieurs fois, la ville accueillant entre 5 et 6,5 millions de pèlerins venus du Sénégal et de la diaspora. selon le comité d'organisation de l'évènement.

Au cœur de la cité se dresse la grande Mosquée de Touba, véritable symbole du mouridisme et principal lieu de rassemblement des fidèles pendant le Magal. Elle abrite notamment les mausolées de Cheikh Ahmadou Bamba et de plusieurs grandes figures de la confrérie, faisant de Touba un haut lieu de pèlerinage et de recueillement.

Touba se distingue également par son statut particulier. Cité religieuse autonome, elle est placée sous l'autorité spirituelle du Khalife général des mourides, dont les orientations occupent une place centrale dans la gestion de la ville. La vie quotidienne y est encadrée par des principes religieux et moraux qui interdisent notamment la vente d'alcool et les manifestations jugées contraires aux valeurs de la cité.

Au fil des décennies, Touba s'est imposée comme un important pôle religieux, éducatif et économique. Elle abrite la résidence du Khalife général, des universités, des écoles coraniques et un vaste réseau commercial largement porté par les disciples mourides.

Cette croissance rapide s'accompagne toutefois de nombreux défis. Chaque édition du Grand Magal met à l'épreuve les infrastructures de la ville, notamment en matière de mobilité, d'approvisionnement en eau, d'assainissement, d'électricité, de gestion des déchets, de sécurité et d'accueil des millions de pèlerins. L'urbanisation accélérée constitue également un enjeu majeur pour les autorités religieuses et les pouvoirs publics.

Au-delà de sa dimension spirituelle, le Grand Magal est devenu un événement national d'une ampleur exceptionnelle. Il mobilise chaque année l'État du Sénégal, les autorités religieuses, les collectivités, les services de secours et des milliers de bénévoles. Véritable moteur économique, il génère une intense activité commerciale tout en illustrant la capacité d'organisation et de solidarité de la communauté mouride.

Plus d'un siècle après sa fondation, Touba demeure le symbole vivant de l'héritage de Cheikh Ahmadou Bamba. Chaque Grand Magal rappelle que son message de foi, de paix, de travail et de persévérance continue d'inspirer des millions de fidèles bien au-delà des frontières du Sénégal.

Le Magal 2025 en chiffres

Près de deux millions de personnes se rassemblent à Touba, au Sénégal, le 13 août 2025, pour commémorer le rang spirituel que l'on croit avoir atteint par le cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de l'ordre soufi mouride, durant son exil par l'administration coloniale française. Cet événement, connu sous le nom de "Grand Magal", a lieu chaque année le 18e jour du mois islamique de Safar.

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Légende image, Des talibés Baye Fall portant des bols de nourriture à distribuer aux pèlerins.

Lors du 131ᵉ Grand Magal de Touba, célébré en 2025, 6 583 278 pèlerins ont été recensés, selon une étude commandée par le comité d'organisation de l'événement et coordonnée par l'ingénieur statisticien Moubarack Lo.

Cette affluence représente une hausse de 12 % par rapport à l'édition de 2023. Parmi les participants, 5,1 millions étaient des pèlerins venus d'autres régions du Sénégal ou de l'étranger, soit une progression de 5,5 %, tandis que 1,44 million étaient des habitants de Touba et du département de Mbacké, en hausse de 6,5 %.

L'étude met également en évidence une croissance spectaculaire de la fréquentation du Magal au cours des quinze dernières années. Entre 2011 et 2025, le nombre de pèlerins a plus que doublé, passant de 3,09 millions à plus de 6,5 millions.

Cette progression se reflète aussi dans le trafic routier. Entre le 10 et le 13 août 2025, 235 919 véhicules – hors motos et charrettes – ont été enregistrés dans la ville, soit près de 236 000 véhicules, avec une croissance annuelle moyenne de 14,5 %.