Pourquoi la ville d'Anéfis est tant convoitée par l'armée malienne et l'alliance JNIM-FLA

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- Author, Mamadou Faye
- Role, BBC News Afrique
- Published
- Temps de lecture: 7 min
Depuis quelques jours, d'âpres combats se poursuivent à Anéfis, au nord du Mali, entre les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par le Corps africain russe (Africa Corps), et la coalition formée par le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et le Front de libération de l'Azawad (FLA). Cette bourgade du nord-est du Mali est redevenue l'un des principaux théâtres stratégiques du conflit opposant les deux parties. Mais pourquoi autant de combats pour une si petite ville ?
Les troupes maliennes et leurs alliés russes du Corps africain ont réalisé une avancée militaire décisive en atteignant la ville stratégique d'Anéfis après plusieurs jours de combats intenses.
Un convoi militaire parti de Gao le 7 juillet est arrivé à Anéfis tard dans la soirée du 9 juillet, après avoir essuyé des attaques soutenues de la part de combattants du Front de libération de l'Azawad (FLA) et du JNIM, lié à Al-Qaïda.
Le convoi transportait des renforts destinés aux forces gouvernementales présentes dans la ville, située dans la région instable de Kidal, bastion de longue date des groupes séparatistes et djihadistes.
Les affrontements, qualifiés d'intenses par les deux camps, auraient fait des victimes parmi les forces gouvernementales, les forces russes et les groupes armés, et entraîné la destruction de plusieurs véhicules blindés et pick-ups.
Alors que les troupes maliennes et du Corps africain consolident désormais leurs positions à Anéfis, les séparatistes et les djihadistes ont fait savoir qu'ils avaient l'intention de poursuivre leurs opérations dans la région.
Anéfis, la porte d'entrée logistique vers Kidal

Bien que peu peuplée, Anéfis occupe depuis plus d'une décennie une place importante dans les calculs militaires des différents protagonistes. Son contrôle conditionne non seulement l'accès à Kidal, mais également la capacité de chaque camp à projeter ses forces dans l'ensemble du nord du Mali.
Depuis la réforme territoriale de 2023, Anéfis est une commune rurale et le chef-lieu du cercle d'Anéfis, dans la région de Kidal, au nord-est du Mali.
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Située à environ 110 km au sud-ouest de Kidal, et à près de 330 km au nord-est de Gao, Anéfis est traversée par la Route nationale 18 (RN18), qui constitue un axe stratégique reliant Gao à Kidal. La ville contrôle également le principal corridor terrestre entre la vallée du Niger et le massif des Ifoghas.
La position d'Anéfis fait d'elle un véritable carrefour logistique entre le nord-est malien et les principales bases gouvernementales de Gao.
Depuis plusieurs années, elle constitue pour les Forces armées maliennes (FAMas), un point d'appui indispensable pour ravitailler les garnisons du nord, faire circuler les convois militaires et maintenir une présence dans une région où les distances sont immenses et les infrastructures extrêmement limitées.
La ville revêt la même importance stratégique pour le FLA et le JNIM. Pour ces deux organisations, le contrôle d'Anéfis est une manière de fermer la principale porte terrestre permettant aux forces gouvernementales de rejoindre Kidal.
Dans un environnement désertique où les itinéraires praticables sont rares, la maîtrise de ce corridor offre un avantage opérationnel considérable. De là, on comprend aisément que la valeur d'Anéfis n'est pas sa taille démographique mais plutôt sa position.
Par sa position stratégique, Anéfis constitue le dernier grand point d'appui avant Kidal lorsqu'on part de Gao, un nœud logistique pour les opérations militaires et un point de contrôle des différents mouvements entre Gao, Kidal, Aguelhoc, Tessalit et le massif de l'Adrar des Ifoghas.
C'est précisément cette valeur géographique qui explique pourquoi Anéfis est redevenue l'objectif prioritaire des deux camps.
Une bataille décisive pour les lignes d'approvisionnement
L'enjeu de la bataille autour d'Anéfis est tout d'abord logistique. En effet, le camp militaire fortifié dont dispose les forces gouvernementales à Anéfis dépend d'un ravitaillement régulier en munitions, carburant, vivres et renforts.
Mais il semble qu'avec les combats des derniers jours, les groupes armés cherchent autant à isoler cette position qu'à la conquérir directement.
Pour le JNIM et le FLA, l'objectif semble dépasser la prise de la ville, mais ils chercheraient plutôt à rompre l'opérationnalité logistique des FAMas dans toute la région de Kidal. Une telle rupture compliquerait fortement toute tentative gouvernementale de reprendre l'initiative dans le nord.
Selon plusieurs sources concordantes, les convois terrestres envoyés depuis Gao ont rencontré une forte résistance, tandis que les opérations aériennes sont compliquées par des tirs d'artillerie et des drones.
À l'inverse, si Bamako parvient à conserver Anéfis, les autorités préserveraient une base avancée susceptible de soutenir, à moyen terme, d'éventuelles opérations vers Kidal.
Un verrou militaire depuis plus d'une décennie

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Depuis l'échec du processus de paix d'Alger et la reprise des combats à grande échelle en 2023, Anéfis a pris encore plus d'importance.
Lorsque les forces maliennes, soutenues par des membres de la société russe Wagner, ont pris Kidal fin 2023, leur avancée dépendait de la sécurisation du corridor Gao-Anéfis-Kidal. La ville est alors devenue l'une des principales bases d'opérations avancées de l'armée, protégeant l'accès à Kidal.
Aujourd'hui, elle sert de zone de rassemblement pour les opérations menées dans les montagnes de l'Ifoghas et constitue l'un des derniers bastions importants du gouvernement au sud de Kidal.
Selon Héni Nsaibia, analyste à l'ACLED, la bataille actuelle représente un test décisif pour les deux camps. Si l'alliance JNIM-FLA s'empare d'Anéfis, la dernière position gouvernementale à Aguelhok se retrouverait de plus en plus isolée, son ravitaillement dépendant alors largement du transport aérien plutôt que d'un accès routier sécurisé.
Les conséquences possibles de l'issue de la bataille

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La suite des combats en cours autour d'Anéfis pourrait déterminer l'avenir de la localité à moyen et long terme.
Conserver Anéfis permettrait à Bamako de préserver un minimum de profondeur stratégique dans la région de Kidal et de démontrer que les FAMas, malgré les offensives coordonnées du JNIM et du FLA, demeurent capables de tenir leurs principales bases avancées.
Pour le FLA et le JNIM, conquérir Anéfis renforcerait son contrôle territorial sur la région de Kidal et consoliderait son objectif d'éloigner les forces gouvernementales de l'Azawad, mais cette victoire représenterait également un succès militaire et politique majeur.
Ceci illustrerait également la capacité des deux groupes armés à coordonner des opérations complexes et à poursuivre une stratégie d'usure contre les forces gouvernementales.
L'enjeu est tout aussi important pour les éléments du Corps africain russe, les partenaires russes du gouvernement malien présents au Mali pour soutenir les FAMas. La perte d'Anéfis pourrait en effet susciter des questionnements sur leur capacité à aider le Mali à neutraliser les menaces multiformes sur son territoire.

























