Investissements industriels en Afrique : Voici le top 6 des pays qui se démarquent le plus

    • Author, Ibrahim Zongo
    • Role, Broadcasting journalist
    • Reporting from, Dakar
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Alors que les tensions géostratégiques continuent d'influencer les dynamiques économiques à travers le monde, les experts tablent sur la souveraineté économique soutenue par un secteur industriel endogène comme un impératif de stabilité.

Malgré leurs énormes potentialités, plusieurs pays notamment africains, dépendent d'importations pour combler leurs besoins, devenant souvent le terrain de rivalité des pays fournisseurs.

Mais selon le dernier rapport du Baromètre africain de l'investissement industriel (BIIA) publiés fin mai 2026, l'Afrique est engagée dans une phase décisive de son développement économique, marquée par une volonté croissante de transformation structurelle. Mais l'industrialisation du continent demeure fortement polarisée autour d'un nombre restreint de pays.

Le rapport publié à l'occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) indique que cinq économies concentrent à elles seules près de 45 % de la valeur ajoutée manufacturière africaine, ce qui traduit un déséquilibre structurel important.

Voici les six pays qui dominent le secteur industriel africain selon leur indice d'attractivité industrielle :

1. Le Maroc : un modèle d'intégration industrielle

Entre 2020 et 2025, le Maroc s'est imposé comme le leader du continent en matière d'attractivité industrielle. Son industrie repose sur des secteurs diversifiés tels que l'automobile, l'aéronautique, les batteries et le textile.

Le pays totalise 152 projets Greenfield dont 89% constituent de nouveaux investissements, créditant Rabat de l'indice d'attractivité industrielle le plus élevé qui s'établit à 0,46.

La principale force du Royaume chérifien réside, selon le rapport, dans la cohérence de sa politique industrielle, menée sur plusieurs décennies, ainsi que dans la qualité de ses infrastructures logistiques et de ses zones industrielles intégrées.

Quoiqu'il reste confronté à des défis liés à la dépendance technologique extérieure, le Maroc a su développer des chaines de valeur liées à la transition énergétique et à la mobilité électrique, attirant davantage d'investisseurs.

Les investissements se concentrent autour projets du secteur des batteries, de l'automobile, du textile et de la chimie.

2. L'Égypte : une puissance industrielle diversifiée

Avec un record de 212 projets d'investissements directs étrangers (IDE), l'Égypte bénéficie d'une forte diversification industrielle et d'un marché intérieur considérable qui font de lui le deuxième pays le plus attractif pour l'investissement industriel en Afrique.

Son positionnement stratégique autour du canal de Suez en fait un hub industriel et logistique majeur. Tirée par la taille de son marché domestique, l'Egypte attire des investisseurs dans l'agroalimentaire, la chimie-raffinage, le textile et la cimenterie.

Les perspectives d'expansion concernent notamment la pétrochimie, l'énergie et les industries de transformation. Toutefois, le pays fait face à des contraintes macroéconomiques et à des besoins importants en infrastructures énergétiques pour soutenir ses projets industriels.

3. Le Nigéria et la Tanzanie : des géants à fort potentiel encore sous-exploité

Le Nigéria, tout comme la Tanzanie présentent, un potentiel industriel considérable, soutenu par un marché intérieur massif et des ressources naturelles abondantes. Les deux pays ont un indice d'attractivité qui s'établit à 0,35.

A Abuja, les investissements dans les infrastructures, notamment dans le raffinage porté par le richissime homme d'affaire Aliko Dangoté, constituent un levier important.

Pendant ce temps, la Tanzanie se distingue par une forte dynamique d'attractivité, portée par des projets structurants dans le gaz naturel estimé à environ quarante-trois milliards de dollars et les infrastructures logistiques.

Elle pourrait devenir un hub énergétique régional, suggère le rapport du BIIA, à condition de diversifier son appareil productif. Cependant, malgré cette dynamique, l'attractivité des deux pays reste limitée par des faiblesses structurelles : insuffisance des infrastructures, instabilité énergétique et dépendance au secteur pétrolier.

4. La Tunisie : un tissu industriel diversifié

Tirant avantage de sa proximité géographique avec l'Europe, la Tunisie développe un tissu industriel diversifié allant du textile aux composants automobiles en passant par la chimie et d'autres investissements croissants dans les énergies renouvelables notamment l'hydrogène vert et solaire.

Son attractivité reste toutefois limitée par un contexte socio-politique fragile et une concurrence régionale avec le Maroc et l'Égypte.

5. L'Afrique du Sud : un leader qui tente de se relever

Longtemps considérée comme la principale puissance industrielle du continent, l'Afrique du Sud dispose encore d'une base manufacturière sophistiquée et diversifiée. Cependant, son attractivité recule à 0,33 en raison de problèmes structurels, notamment la crise énergétique liée à la compagnie nationale d'électricité, Eskom.

Toutefois, son capital technologique et humain continue de soutenir les efforts d'investissement, le principal défi étant d'amorcer une transition vers une industrialisation plus durable.

Outre ces pays d'autres puissances industrielles dont l'Algérie, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Sénégal émergent bénéficiant d'investissements croissants et d'une dynamique de transformation productive progressive.

Des pays qui font face à plusieurs défis structurels, notamment le coût élevé et l'instabilité de l'énergie, l'insuffisance des infrastructures, la captation étrangère de la valeur ajoutée, et le manque de financement adapté à l'industrie.

Une industrialisation en progression mais encore fragile

Si l'Afrique trace progressivement son chemin vers l'industrialisation, elle demeure encore loin des standards observés dans d'autres régions du monde. La valeur ajoutée manufacturière ne représente que 12,3 % du PIB du continent, un niveau encore modeste comparé à celui des économies asiatiques lors de leur décollage industriel.

De plus, cette production reste fortement concentrée géographiquement, cinq pays seulement (Maroc, Egypte, Nigeria, Tunisie et Afrique du Sud) captant près de 45 % de la valeur industrielle totale.

Ces pays ont en commun « une combinaison de stabilité macroéconomique, d'infrastructures relativement développées et de politiques industrielles volontaristes », explique Dr Harouna Kaboré, expert en investissement industriel et président du cabinet Witba Invest qui produit le rapport du Baromètre africain de l'investissement industriel (BIIA).

« Cette cohérence explique leur capacité à attirer les investissements industriels » dit-il.

Malgré cette concentration dans les cinq pays, les dynamiques sont positives selon Dr Harouna Kaboré.

« Il y a une nouvelle dynamique, des signaux encourageants et une volonté de transformation locale des ressources », même si « la trajectoire n'est pas encore universelle », indique Dr Kaboré.

En effet, les flux d'investissements directs étrangers dans l'industrie ont progressé de 8 % par an entre 2021 et 2024, traduisant un regain d'intérêt des investisseurs.

Un outil d'aide à la décision

L'analyse des investissements industriels révèle une concentration dans quelques secteurs stratégiques. L'agro-industrie s'impose comme un pilier majeur, soutenue par la disponibilité des ressources agricoles et les opportunités de transformation locale. Dr Kaboré souligne qu'« on observe beaucoup d'investissements dans l'agro-industrie ».

Les matériaux de construction représentent également un secteur clé, notamment avec le développement des cimenteries, qui accompagnent l'urbanisation rapide du continent, indique l'ancien ministre de l'Industrie du Burkina Faso.

Le secteur de l'énergie constitue un autre moteur central. « Sans énergie, il n'y a pas d'industrialisation », rappelle-t-il. Les investissements dans les énergies renouvelables se multiplient, répondant à la demande croissante.

Les industries extractives et minières continuent d'attirer des capitaux importants, tandis que des secteurs à plus forte valeur ajoutée émergent, notamment l'automobile, la chimie, les équipements industriels et la pharmacie.

« Donc, on pense qu'il y a régulièrement une progression des investissements et dans chaque partie donc du continent, en fonction de la disponibilité des matières premières, en fonction du développement des infrastructures et en fonction de la qualité des politiques publiques qui sont développées », affirme Dr Kaboré.

Loin de constituer une simple comparaison des tendances d'investissement, le rapport fournit aux États « une photographie précise de leur positionnement industriel et de leur attractivité comparée », insiste Dr Kaboré.

Ce rapport dit-il, est avant tout « un instrument d'aide à la décision », capable d'« orienter les investissements vers les secteurs à fort potentiel » et d'améliorer l'efficacité des politiques industrielles sur le continent.

« L'avenir dépendra moins de la capacité à produire des stratégies que de la capacité à les exécuter durablement », conclut le président de Witba Invest.