Pourquoi une guerre limitée contre les États-Unis pourrait mieux convenir à l'Iran que la paix

Des lance-missiles sur une place en Iran.

Crédit photo, Anadolu via Getty Images

Légende image, Les hostilités entre les deux pays ont repris ces derniers jours
    • Author, Amir Azimi
    • Role, BBC Persian Service
  • Published
  • Temps de lecture: 6 min

À première vue, la frappe surprise lancée par l'Iran contre une base américaine en Jordanie en début de semaine semblait difficile à expliquer.

Cette attaque a mis fin de fait à la fragile trêve dans les combats directs entre les États-Unis et l'Iran et a poussé Washington à reprendre ses frappes sur le territoire iranien. Elle était également inhabituelle.

Si la priorité de Téhéran avait été un cessez-le-feu, cette frappe serait difficile à expliquer. Mais si les dirigeants iraniens estiment qu'une confrontation contrôlée pourrait leur offrir un meilleur levier stratégique, cette décision devient plus compréhensible.

Une explication possible est que Téhéran estime que, malgré les risques qu'elle comporte, une guerre limitée sert mieux ses intérêts.

Aujourd'hui, aucune des deux parties ne semble prête à s'engager dans une guerre totale. Washington ne semble guère disposé à s'engager dans un conflit régional beaucoup plus vaste qui pourrait menacer les infrastructures énergétiques de la région, entraîner d'autres pays dans le conflit, faire grimper les prix du pétrole et mettre encore davantage à rude épreuve les ressources militaires américaines.

L'Iran pourrait également chercher à éviter une guerre totale, car l'affaiblissement de ses défenses aériennes, la vulnérabilité de ses infrastructures industrielles et les contraintes économiques liées aux sanctions rendent la reconstruction des infrastructures détruites de plus en plus difficile et coûteuse.

L'Iran a peut-être conclu que cela ouvrait la voie à une stratégie fondée non pas sur une victoire militaire, mais sur une pression soutenue.

Un cessez-le-feu prolongé dans les conditions actuelles pourrait en réalité affaiblir la position de Téhéran.

Le blocus naval américain des ports iraniens se poursuivrait, les sanctions resteraient en vigueur et l'Iran resterait largement exclu des marchés énergétiques internationaux.

Un homme aux cheveux gris, vêtu de noir et portant des lunettes de soleil, observe depuis un belvédère en pierre situé à Oman le détroit d'Ormuz. Au loin, on aperçoit au moins cinq bateaux et une bouée flottant sur l'eau.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Bien que l'Iran en paie le prix fort sur les plans militaire et économique, les perturbations dans le détroit d'Ormuz continuent d'avoir des répercussions à l'échelle mondiale.

Dans le même temps, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et d'autres pays exportateurs de pétrole et de gaz de la région pourraient reprendre progressivement leurs exportations normales, tandis que l'Iran resterait isolé sur le plan économique.

Un conflit de portée limitée pourrait changer la donne pour l'Iran. Bien que ce pays paie un lourd tribut sur les plans militaire et économique, les perturbations dans le détroit d'Ormuz et, par l'intermédiaire des Houthis, les pressions exercées autour de Bab al-Mandab continuent d'affecter le transport maritime mondial, les coûts d'assurance et les marchés de l'énergie.

Même une incertitude limitée oblige les gouvernements, les armateurs et les importateurs à prêter attention aux revendications de l'Iran.

En effet, Téhéran pourrait estimer qu'il dispose encore d'un moyen de pression.

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L'Iran semble également tenter de réorienter le débat diplomatique. Plutôt que d'accepter une liberté de navigation sans restriction, il a signalé à plusieurs reprises que le trafic maritime devrait s'effectuer selon des règles convenues avec l'Iran ou administrées par celui-ci.

Si cette interprétation est correcte, l'objectif de Téhéran pourrait être que toute réouverture future du détroit d'Ormuz reflète l'influence iranienne plutôt qu'un retour au statu quo d'avant-guerre.

Un conflit limité et prolongé permettrait à l'Iran de maintenir la pression pour atteindre cet objectif.

Du point de vue de Téhéran, il pourrait donc être préférable de maintenir la crise à un niveau inférieur au seuil de la guerre totale plutôt que d'accepter un cessez-le-feu qui laisserait les sanctions, le blocus et l'isolement économique pratiquement inchangés.

Il peut également y avoir des considérations d'ordre intérieur. L'Iran continue de faire face à des taux d'inflation très élevés, au chômage, à des difficultés économiques et au mécontentement de la population.

En période de conflit extérieur, les gouvernements ont souvent plus de facilité à réprimer l'opposition interne, à justifier des mesures de sécurité plus strictes et à rallier le soutien de la population autour de la défense nationale.

Cela ne résout pas les problèmes économiques de l'Iran, mais cela peut réduire la pression politique immédiate qu'ils engendrent.

Plan large montrant une rue animée bordée de magasins à Téhéran. On y voit plusieurs hommes et femmes qui se promènent dans la rue. Au premier plan, un jeune garçon pousse un chariot devant lui.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le conflit avec les États-Unis ne supprime pas les pressions internes auxquelles le pays est confronté, mais il pourrait atténuer la pression politique immédiate qu'elles engendrent.

Cela ne signifie pas pour autant que cette stratégie soit exempte de coûts importants. L'Iran continue de subir des frappes militaires répétées et de faire face à l'incertitude économique, et rien ne garantit que l'équilibre actuel puisse être maintenu.

C'est là le principal paradoxe auquel Téhéran est confronté. Un conflit maîtrisé peut actuellement offrir davantage de marge de manœuvre qu'une paix imparfaite, mais les conflits maîtrisés ont tendance à devenir incontrôlables.

L'Iran pense peut-être pouvoir doser l'escalade avec suffisamment de précision pour maintenir la pression sur les États-Unis, les marchés énergétiques mondiaux et la diplomatie régionale, tout en évitant une guerre totale.

Mais ce calcul comporte également des risques importants. Au-delà de la possibilité d'une guerre beaucoup plus vaste, un conflit prolongé sans issue claire en vue pourrait progressivement renforcer le soutien international en faveur d'une réponse plus ferme.

On observe déjà des signes indiquant que le conflit s'étend. L'Arabie saoudite, qui avait initialement cherché à éviter de s'impliquer directement, a mené des frappes contre des groupes chiites alignés sur l'Iran en Irak et pris des mesures militaires contre les Houthis.

Si les perturbations sur les marchés mondiaux du commerce et de l'énergie persistent, d'autres pays qui ont jusqu'à présent tenté de rester en retrait pourraient se montrer plus disposés à soutenir les efforts visant à accroître la pression sur l'Iran.

Certains gouvernements pourraient également conclure qu'il vaut mieux supporter les coûts d'une riposte plus ferme plutôt que de subir des crises répétées affectant le transport maritime international et l'approvisionnement énergétique.

Il n'est pas certain que les scénarios évoqués ci-dessus – notamment une implication active d'un plus grand nombre de pays – se concrétisent.

Beaucoup dépendra de la capacité de Téhéran à mener des actions mesurées sans déclencher une riposte qui modifierait fondamentalement les calculs politiques et militaires des États-Unis. La prochaine frappe inattendue pourrait déterminer la tournure que prendra le conflit.