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Pourquoi l'Iran considère son accord avec les États-Unis comme une victoire
- Author, Amir Azimi
- Role, Rédacteur en chef du service persan de la BBC
- Published
- Temps de lecture: 8 min
Les dirigeants iraniens tentent de présenter le protocole d'accord en cours d'élaboration avec les États-Unis non pas comme un recul, mais comme le fruit de la résistance et de la victoire.
Cet argument n'est toutefois pas facile à défendre.
Le pays vient de traverser une guerre dévastatrice, son économie est soumise à une forte pression et des pans entiers de la base de soutien de la République islamique dénoncent depuis des mois tout type d'accord avec Washington.
Il y a également des Iraniens, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, qui considèrent cette crise non pas comme un moment propice à la diplomatie, mais comme une occasion de changement de régime.
C'est dans ce contexte politique divisé que Téhéran tente désormais de faire accepter l'accord.
Le récit de Téhéran
De hauts responsables iraniens ont présenté cet accord comme une victoire.
Mohammad Bagher Qalibaf, président du Parlement et figure clé de l'Iran dans les négociations, a déclaré que le pays avait fait « un grand pas vers la victoire finale ».
Le président Masoud Pezeshkian a qualifié cet accord de potentiellement transformateur et a souligné que, s'il était pleinement mis en œuvre, il pourrait résoudre bon nombre des problèmes de l'Iran et créer « un monde différent » tant dans le pays qu'au Moyen-Orient.
Le rôle de M. Qalibaf est significatif, car il n'est pas associé au courant modéré de M. Pezeshkian.
Son soutien public suggère que l'accord bénéficie de l'appui des secteurs les plus puissants du système, y compris au sein du Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran.
Les dirigeants présentent également cet accord comme une victoire car, selon l'argumentation de Téhéran, les États-Unis et Israël n'ont pas atteint leurs principaux objectifs.
Ils n'ont pas contraint l'Iran à capituler, ils n'ont pas renversé la République islamique, ils n'ont pas mis fin au programme nucléaire iranien par des actions militaires et ils n'ont pas rompu les liens entre l'Iran et le Hezbollah.
Au contraire, l'Iran reste à la table des négociations, le Liban étant inclus dans le cadre de l'accord, tout comme l'allègement des sanctions.
Cependant, ce discours officiel se heurte à une opposition au sein même de l'Iran.
Les critiques internes
Selon certaines informations, un député partisan de la ligne dure — vice-président de la Commission de la sécurité nationale du Parlement — a qualifié le projet d'accord de document qui ferait de l'Iran une colonie américaine.
Il a également accusé les négociateurs d'ignorer la directive du Guide suprême interdisant la réouverture du détroit d'Ormuz à la navigation.
Cette critique est significative car elle ne provient pas de l'extérieur du système, mais du sein même de l'une des institutions chargées de veiller à la sécurité nationale.
Depuis des mois, les voix de la ligne dure au Parlement, les médias proches de l'État et les rassemblements nocturnes en faveur du gouvernement soutiennent qu'on ne peut pas faire confiance aux États-Unis.
Ils soulignent que les négociations diplomatiques se poursuivaient peu avant le début de la guerre et affirment que l'administration Trump s'est servie de ces négociations comme d'une couverture pendant qu'Israël et les États-Unis préparaient une action militaire.
Pour eux, tout accord avec Washington risque de passer pour une politique d'apaisement.
Cependant, certaines de ces voix semblent s'être modérées aujourd'hui.
Cela pourrait suggérer que la décision d'aller de l'avant a été autorisée par les plus hautes sphères de l'État.
Cela ne signifie toutefois pas qu'il y ait une unité totale.
Cela pourrait indiquer que, pour l'instant, le centre du pouvoir a estimé que le coût du rejet d'un accord pourrait être plus élevé que celui de faire face à l'opposition des secteurs les plus intransigeants.
Le facteur économique
Il est possible que les dirigeants iraniens présentent cet accord comme le résultat de leur influence militaire, notamment des pressions exercées dans le détroit d'Ormuz et des attaques contre les intérêts énergétiques américains et régionaux.
Cependant, la situation économique a également contraint Téhéran à agir.
La guerre, les sanctions, les restrictions sur le transport maritime, l'accès limité aux marchés pétroliers et aux devises fortes, ainsi qu'une inflation très élevée, ont étouffé tant le pays que les citoyens iraniens ordinaires.
Pour de nombreuses familles, la question n'est pas de savoir si cet accord ressemble à une victoire, mais s'il permettra de faire baisser les prix et d'apaiser la crainte d'une nouvelle guerre.
Le vice-président américain, JD Vance, a affirmé que l'Iran ne recevrait pas d'argent des contribuables, mais qu'il pourrait accéder à des milliards de dollars s'il respectait ses engagements et si les sanctions étaient allégées.
Cela permet à Téhéran de présenter l'accord comme une voie vers l'investissement et la reconstruction, plutôt que comme une dépendance vis-à-vis des États-Unis.
Toutefois, les risques sont évidents : tous les détails du protocole d'accord n'ont pas encore été rendus publics et les négociations doivent débuter ce vendredi en Suisse.
Les discussions doivent encore aborder les questions les plus complexes : l'avenir de l'uranium enrichi iranien, le niveau d'enrichissement autorisé, les mécanismes de vérification, l'allègement des sanctions et la situation à Ormuz et au Liban.
Une incertitude plane également concernant Israël.
Son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a rejeté les informations faisant état d'un retrait israélien du sud du Liban, affirmant que les forces israéliennes y resteraient aussi longtemps que nécessaire.
De son côté, Donald Trump a publiquement critiqué l'action d'Israël au Liban, soulignant que trop de personnes avaient perdu la vie.
Il a également exprimé son mécontentement face à une attaque israélienne contre Beyrouth peu avant la conclusion de l'accord entre l'Iran et les États-Unis, tout en insistant sur le fait que ses relations avec Netanyahu restaient excellentes.
Pour Téhéran, cette friction manifeste entre Washington et Israël s'avère utile.
Elle peut être présentée comme la preuve que la pression iranienne a limité la liberté d'action d'Israël.
Cependant, elle rend également l'accord fragile.
Si Israël poursuit ses opérations au Liban, l'Iran sera contraint de réagir.
Et si Washington ne parvient pas à contenir Israël, l'affirmation de Téhéran selon laquelle le Liban est inclus dans le mémorandum pourrait rapidement être mise à l'épreuve.
L'opinion des Iraniens
La réaction du public du Service persan de la BBC suggère que le discours officiel sur la victoire ne fait pas l'unanimité.
Un auditeur a déclaré qu'il était très inquiet à l'idée d'une nouvelle attaque israélienne, mais que, même après avoir pris connaissance de l'accord, il n'éprouvait « aucune confiance » et s'inquiétait de savoir si le pays serait géré correctement au cas où l'accord serait maintenu.
Un autre Iranien opposé au régime, qui avait initialement soutenu l'action militaire américaine, a remis en question les résultats de l'attaque américaine et a fait remarquer : « Notre espoir était que le système au pouvoir change, mais, à part la misère, l'inflation et davantage de dégâts pour l'économie, quel bénéfice cela a-t-il apporté à la population ? ».
D'autres se sont montrés plus proches de la position du gouvernement.
Un membre du public a décrit l'Iran comme le vainqueur et a affirmé que la guerre avait démontré que les sanctions ne se lèvent pas en « suppliant », mais en exerçant son pouvoir.
Une autre personne a accueilli l'accord avec plus de prudence et a fait remarquer qu'il permettait aux gens de reprendre le travail et leur vie quotidienne avec plus de sérénité.
« Je pense que c'est quelque chose de temporaire », a-t-elle déclaré, « mais nous avions besoin de quelques mois de répit et de calme ».
C'est peut-être là l'interprétation la plus réaliste : la République islamique présente l'accord comme une victoire parce qu'elle a du mal à le faire passer pour une nécessité.
Cependant, pour de nombreux Iraniens, le succès ne se mesurera pas à l'aune des slogans.
Il se mesurera à l'aune de la fin de la guerre, de la modération des prix, de l'allègement des sanctions et de la capacité des dirigeants à gérer la phase suivante sans qu'une nouvelle escalade soudaine ne se produise.