Ce que nous savons de la découverte de 6 corps dans une fosse commune en Guinée

Main d’une personne morte enterrée dans le sable

Crédit photo, Getty Images

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    • Author, Patricia KOUAKAP
    • Role, BBC News Afrique
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  • Temps de lecture: 4 min

La découverte macabre a été faite le lundi 24 août par des jeunes, partis ramasser du bois de chauffe. Six corps d'hommes, les mains ligotées et les yeux bandés, ont été retrouvés dans une fosse commune, dans une forêt de la sous-préfecture d'Allassoyah, préfecture de Forécariah, en Basse-Guinée.

Les autorités locales et le procureur de la République se sont rendus sur les lieux. Une enquête a été ouverte par le parquet de Forécariah. Contacté par la BBC, le colonel Mory Kaba, porte-parole du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, a déclaré avoir « appris la nouvelle sur les réseaux sociaux, et depuis, aucune information supplémentaire n'a été communiquée ».

Réactions de l'opposition et de la Société civile

L'opposition guinéenne n'a pas tardé à réagir.

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), mouvement citoyen regroupant partis politiques, syndicats et associations, a réclamé une enquête indépendante et transparente. Dans un communiqué signé le 26 août, ses avocats exigent des autopsies médico-légales et des comparaisons ADN menées par des experts indépendants.

Le collectif Tournons La Page Guinée a exhorté les autorités à fournir régulièrement des informations aux familles et au public, au fur et à mesure que l'enquête avance.

Les Forces Vives de Guinée, dans un autre communiqué daté du 26 août, demandent l'implication des familles des victimes de disparitions forcées dans le processus d'identification des corps, mettre la lumière sur les les circonstances de de leur mort et de poursuivre les éventuels auteurs ainsi que toute personne impliquée dans la commission dans cette affaire macabre.

Soupçons dirigés vers la junte

Pour plusieurs mouvements de la société civile, la junte au pouvoir serait responsable de ces atrocités. Pour les Forces Vives de Guinée notamment, « la proximité de la fosse commune avec le camp militaire de Kalea, occupé par les Forces Spéciales, atteste que ces corps sont ceux de victimes innocentes de la politique liberticide de la junte ».

Des propos corroborés par le FNDC, qui soutient que ce mode opératoire décrit, en l'occurrence celui des victimes ligotées et privées de la vue avant leur mise à mort ne serait pas nouvelle dans cette même zone. Le groupe avance alors l'hypothèse, quoi que pas encore vérifiée à ce stade, mais qui ne saurait être écartée, « d'une exécution extrajudiciaire visant des personnes considérées comme des opposants au pouvoir en place ». Il n'exclut donc pas la probabilité que les corps découverts à Forécariah soient ceux de personnes portées disparues pour des motifs politiques. Parmi les disparus cités figurent Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, deux figures du FNDC arrêtées le 9 juillet 2024 et introuvables depuis.

Amnesty International avait déjà dénoncé « l'extrême gravité du crime de disparition forcée qu'aucune circonstance, même exceptionnelle, ne saurait justifier ».

Un autre cas est rappelé : celui d'Abdoul Sacko, Coordinateur du Forum des Forces Sociales, enlevé et torturé à Forécariah avant d'être retrouvé vivant par des agriculteurs.

Les collectifs rappellent aussi qu'en octobre 2025, quatre à cinq corps avaient été découverts dans la même préfecture. Les victimes de l'époque n'ont toujours pas été identifiées et cer-taines familles attendent toujours des réponses.

Appels à l'international

Les organisations de la société civile demandent l'intervention de l'ONU, de la communauté internationale et d'ONG internationales pour garantir la transparence de l'enquête.

À ce jour, les autorités guinéennes n'ont pas fourni de détails sur l'identité des victimes, les circonstances de leur décès ou l'avancement des investigations.

Depuis le coup d'État du 5 septembre 2021, la Guinée est dirigée par une junte militaire conduite par le colonel Mamadi Doumbouya, devenu général et élu président en décembre 2025.