Assassinats, exécutions de masse, tortures : le top 5 des régimes les plus sanglants d'Afrique

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- Author, Abdou Aziz Diedhiou
- Role, BBC Afrique News
- Published
- Temps de lecture: 10 min
En Afrique, leurs noms sont restés à jamais gravés dans l'histoire. Idi Amin Dada, Mengistu Haile Mariam, Omar El Béchir, Hussein Habré, Charles Taylor entre autres, ont marqué les esprits durant leur règne entre les années 70 et les années 2000.
Arrivés au pouvoir, ils ont régné d'une main de fer, menant une politique de répression particulièrement violente marquée par des assassinats, des exécutions, des emprisonnements en masse et le recours à la torture systématique dans les lieux de détention.
Dans cet article, BBC News Afrique revient sur ces dirigeants dont les règnes ont été particulièrement sanglants avec des descriptions issues des rapports établis par des organisations de défense des droits humains.
1- Idi Amin Dada (Ouganda, 1971-1979)

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La vie d'Idi Amin Dada a fait l'objet d'un film (Le Dernier Roi d'Écosse), dans lequel l'acteur américain Forest Whitaker a incarné avec brio le dictateur ougandais.
Idi Amin Dada est arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'État, le 25 janvier 1971, qui a renversé Milton Obote.
Dès sa prise de pouvoir, il applique l'ABCD des régimes militaires : le Parlement est aboli, les partis politiques sont suspendus et un régime présidentiel est instauré par décret.
Les forces de sécurité se voient attribuer de larges pouvoirs d'arrestation sans mandat et peuvent détenir indéfiniment, sans inculpation, toute personne soupçonnée de subversion, faisant ainsi planer une épée de Damoclès sur l'ensemble des citoyens.
La prise de pouvoir d'Amin avait pourtant suscité beaucoup d'enthousiasme. Mais très vite, les Ougandais s'aperçoivent qu'ils ont affaire à un homme excentrique, qui le restera jusqu'à sa chute.
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Les premières années du régime d'Idi Amin Dada sont marquées par l'assassinat de plusieurs personnalités de premier plan, dont Benedicto Kiwanuka, président de la Cour suprême, enlevé le 21 septembre 1972 en pleine audience, emmené dans un véhicule militaire puis assassiné en raison de ses prises de position en faveur de l'indépendance du pouvoir judiciaire.
De nombreuses autres personnalités sont également assassinées.
Amin Dada introduit les exécutions publiques pour les personnes soupçonnées de vouloir le renverser. Amnesty International rapporte notamment l'exécution publique de 15 hommes le 9 septembre 1977, ainsi que de nombreuses disparitions et assassinats commis par les forces de sécurité.
« Depuis 1971, un très grand nombre de personnes ont disparu en Ouganda après avoir été arrêtées par les forces de sécurité », écrit Amnesty International dans l'un de ses rapports.
Les arrestations sont effectuées par différentes branches des forces de sécurité, qui emmènent généralement les victimes dans leurs propres quartiers généraux, commissariats ou casernes, devenus des lieux de torture.
« Les casernes, présentes dans toutes les villes d'Ouganda, ont été le théâtre de massacres de soldats et de policiers, notamment issus des tribus Acholi et Langi, en 1971, 1972, 1973 et 1977. Des membres d'autres tribus (telles que les Lugbara, les Teso, etc.) ont également subi le même sort », écrit Amnesty International.
De nombreux hauts fonctionnaires, notamment issus des tribus Acholi et Langi, ont été tués à cette époque. Il en est de même pour des dirigeants religieux et des fidèles, comme Mgr Janani Luwum, archevêque de l'Église d'Ouganda, du Rwanda et du Burundi.
« En octobre-novembre 1977, environ 400 chrétiens de la région de Masaka, principalement des catholiques, dont 37 catéchistes, ont été arbitrairement tués ou arrêtés par des soldats. »
Le Bureau de recherche d'État (agence de renseignement placée sous le contrôle direct du président) s'est tristement illustré dans ces tueries.
« La torture systématique et les exécutions sommaires dans des lieux isolés en pleine brousse, ainsi que dans diverses maisons privées utilisées à cette fin », sont mentionnées dans les rapports.
Les personnes arrêtées par ces agents s'exposent à des exécutions sommaires, par fusillade ou par d'autres méthodes devenues courantes en Ouganda, relève Amnesty International.
Par exemple, un détenu « peut se voir ordonner, sous la menace d'une arme, de tuer d'autres détenus en les frappant à la tête avec un marteau, une hache ou un essieu de voiture ».
« Dans l'une des variantes de cette méthode d'exécution, les détenus sont alignés : le premier reçoit un marteau pour tuer le suivant, puis il est à son tour tué, jusqu'à ce que toute la file soit exterminée, le dernier survivant étant abattu. »
Au fil des ans, de nombreux rapports ont fait état de corps de détenus retrouvés avec le crâne fracassé.
Le nombre de personnes tuées depuis 1971 par le régime d'Idi Amin Dada varie selon les estimations : les plus faibles évoquent 50 000 victimes, tandis que d'autres avancent jusqu'à 300 000 morts, voire davantage.
Renversé en 1979, Idi Amin Dada s'est réfugié en Arabie saoudite, où il est mort, sans avoir été jugé pour ses crimes, le 16 août 2003.
2- Mengistu Haile Mariam (Éthiopie, 1977-1991)

Crédit photo, (Photo de Françoise De Mulder/Roger Viollet via Getty Images)
Au terme d'un procès qui a duré près de douze ans, Mengistu Haile Mariam a été reconnu coupable de génocide et de crimes contre l'humanité par un tribunal fédéral éthiopien en 2008, puis condamné à mort par pendaison.
Sont en cause les crimes commis durant la sanglante campagne de répression, la « Terreur rouge », menée par son gouvernement (le Derg) entre 1977 et 1978.
Selon la justice éthiopienne, le régime de Mengistu Haile Mariam a causé la mort de plus de 2 000 personnes, dont 60 hauts responsables, ministres et membres de la famille royale exécutés par peloton d'exécution. Environ 2 400 personnes ont été torturées.
Des dizaines de milliers de personnes, qualifiées d'ennemis politiques, ont été torturées ou tuées sous le régime de Mengistu Haile Mariam, à la tête d'une junte militaire entre 1977 et 1991.
La « Terreur rouge » était une campagne de purges politiques visant les opposants présumés, dont des milliers ont été exécutés par garrottement ou par balle, leurs corps étant jetés dans les rues.
« Au cours des 17 dernières années, des milliers de personnes soupçonnées d'être des opposants au gouvernement ont été détenues pendant de longues périodes sans inculpation ni procès, y compris de nombreux prisonniers d'opinion », écrit Amnesty International dans un rapport.
L'organisation précise que les opposants au régime, souvent issus de groupes ethniques tels que les Tigréens, les Érythréens ou les Oromos, ont été victimes d'arrestations et de détentions arbitraires, de tortures, de « disparitions » et d'assassinats.
La torture était une pratique courante lors des interrogatoires, aussi bien pour les prisonniers politiques que pour les détenus de droit commun. Des milliers de prisonniers politiques ont disparu de leur lieu de détention et auraient été exécutés secrètement, selon Amnesty International.
Des témoins ont déclaré au tribunal que les proches venus récupérer les corps à la morgue « devaient payer les balles qui les avaient tués ».
Un témoin, Gizaw Tefera, a raconté que les soldats qui avaient tué son père lui avaient coupé la tête et l'avaient mise aux enchères sur un marché. « Personne ne voulait acheter la tête de mon père », a-t-il déclaré en 2000 lors d'une audience du procès.
Une experte médico-légale argentine a indiqué durant le procès que « certains restes exhumés de fosses communes montraient que les victimes avaient été tuées par garrottement ».
« Nous avons trouvé des cordes en nylon vert solidement nouées autour de leur cou », a déclaré l'experte Mercedes Doreth en 2002.
Parmi les preuves présentées figuraient des ordres d'exécution signés ainsi que des vidéos de séances de torture.
Absent lors de son procès, Mengistu Haile Mariam, réfugié au Zimbabwe après sa fuite en mai 1991, n'a jamais été extradé vers l'Éthiopie.
3- Omar el-Béchir (Soudan, 1989-2019)

Crédit photo, SEYLLOU/AFP via Getty Images
Son règne au Soudan a été marqué par une guerre civile dévastatrice ainsi que par le conflit au Darfour, où des dizaines de milliers de personnes ont été tuées entre 2003 et 2008.
Omar el-Béchir est arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'État militaire en 1989 et a dirigé d'une main de fer ce qui était, jusqu'en 2011, le plus grand pays d'Afrique.
Lorsqu'il s'empare du pouvoir, le Soudan est déjà plongé dans une guerre civile de 21 ans opposant le nord et le sud du pays, ce dernier étant devenu depuis un État indépendant.
Omar el-Béchir est accusé de « génocide », notamment pour avoir voulu éliminer des membres des groupes ethniques Four, Masalit et Zaghawa, en les soumettant à des conditions d'existence susceptibles d'entraîner leur destruction physique. Il est également poursuivi pour crimes contre l'humanité — meurtre, extermination, transfert forcé, viol et torture — ainsi que pour crimes de guerre, en raison des attaques menées par ses troupes contre des civils au Darfour.
Renversé en 2019, l'ancien dirigeant soudanais, visé par plusieurs mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, est détenu au Soudan depuis sa chute.
4- Charles Taylor (Liberia, 1997-2003)

Crédit photo, (Photo de Patrick ROBERT/Sygma via Getty Images)
Il s'est imposé comme un chef de guerre impitoyable après avoir déclenché, au Liberia, une guerre civile brutale en 1989 pour renverser son prédécesseur.
De 1989 à 1997, Charles Taylor dirige le Front national patriotique du Liberia (NPFL), un groupe rebelle cherchant à renverser le président de l'époque, Samuel Doe.
Ses troupes ont été « impliquées dans de nombreuses exactions contre des civils, notamment des exécutions sommaires, des massacres, des viols systématiques, des mutilations, des actes de torture, des recrutements forcés à grande échelle et l'utilisation d'enfants soldats », selon des rapports d'ONG.
Charles Taylor a particulièrement marqué les esprits par la cruauté de ses hommes lors du conflit en Sierra Leone voisine, où il soutenait les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) de Foday Sankoh pendant la guerre civile (1991-2002).
Des dizaines de milliers de victimes directes ont subi « mutilations, viols, enlèvements et enrôlements forcés » en Sierra Leone.
Les victimes étaient parfois contraintes de choisir d'être amputées d'un bras ou d'une jambe — « manche longue » ou « manche courte » — selon le niveau auquel l'amputation serait pratiquée par leurs bourreaux.
Arrêté au Nigeria puis transféré aux Pays-Bas, Charles Taylor a été condamné en 2012 à 50 ans de prison par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), siégeant à La Haye.
Il a été reconnu coupable de 11 chefs d'accusation, dont des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, pour son rôle dans la guerre civile en Sierra Leone.
5- Hissène Habré (Tchad, 1982-1990)

Crédit photo, (Photo de SEYLLOU/AFP via Getty Images)
Hissène Habré est mort en prison à Dakar en août 2021. Le 30 mai 2016, l'ancien président tchadien a été reconnu « coupable de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de torture », y compris de « violences sexuelles et de viols », par les Chambres africaines extraordinaires, un tribunal ad hoc créé au sein du système judiciaire sénégalais à la suite de plaintes déposées par ses victimes et des ONG de défense des droits de l'homme.
À l'issue de son procès, il a été condamné à la prison à perpétuité. Le 27 avril 2017, une cour d'appel a confirmé ce verdict et l'a condamné à verser environ 123 millions d'euros d'indemnisation aux victimes.
Entre 1982 et 1990, Hissène Habré a dirigé le Tchad d'une main de fer après avoir pris le pouvoir à la tête d'une rébellion.
Son régime a été marqué par une répression féroce, orchestrée par la tristement célèbre Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), l'agence de renseignement.
Une étude de 714 pages menée par Human Rights Watch (HRW), à laquelle a participé Reed Brody, a documenté la responsabilité de Habré dans des assassinats politiques systématiques, des actes de torture ainsi que des milliers d'arrestations arbitraires.
« Il a attaqué périodiquement la population civile et divers groupes ethniques (…), les tuant et les arrêtant en masse lorsqu'il percevait leurs dirigeants comme une menace pour le gouvernement », affirme le rapport de HRW.
Reed Brody, surnommé le « chasseur de dictateurs », écrit dans son livre La traque d'Hissène Habré : juger un dictateur dans un monde d'impunité que « lorsque les interrogatoires des prisonniers avaient lieu, la torture n'était pas l'exception, mais la norme ».
Il décrit notamment la méthode dite « arbatachar », qui consistait à « attacher les membres du prisonnier dans le dos pour couper la circulation sanguine, entraînant souvent une paralysie permanente ».
« D'autres prisonniers avaient la tête coincée sous une plaque et pressée, recevaient des décharges électriques ou étaient torturés par noyade », écrit-il.
Une commission d'enquête mise en place au Tchad après la fuite de Habré vers le Sénégal en 1990 a estimé à environ 40 000 le nombre de personnes tuées pour des motifs politiques et à près de 200 000 les cas de torture durant ses huit années de pouvoir.























