''Le malade mental a aussi besoin d'amour''

    • Author, Mamadou Faye avec Firmain Eric Mbadinga
    • Role, Journaliste
    • Reporting from, Dakar
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A Trinlé-Diapleu en Côte d’Ivoire, les malades mentaux reçoivent une thérapie bien différente des centres classiques. Au Centre Victor Houali où ils sont suivis, ils bénéficient de l’amour des villageois.

Un reportage de la BBC effectué par Firmain Eric Mbadinga en Côte d'Ivoire nous mène à Trinlé-Diapleu, un village d'un millier d'habitants, où sont traités des malades mentaux venus de tout le pays.

Ce qui fait la particularité de ce village, c'est l'amour qu'ils ont pour les pensionnaires du centre Victor Houali installé dans le village depuis les années 80.

Trinlé-Diapleu est loin d’être un village ordinaire. Il abrite le centre Victor Houali qui traite des malades mentaux venus de toute la Côte d’Ivoire. Toute la communauté s'engage pour le bien-être des patients.

"Je trouve un malade mental comme tous les malades. Il faut avoir l’amour pour celui-là. Il faut avoir le sentiment que la personne guérisse. C’est ça le secret entre les malades mentaux et la population", explique Lamine Dié, le chef du village.

Pour preuve, aucun mur ne sépare les villageois des malades. Les patients sont libres de déplacer dans le village.

"L’histoire a commencé depuis les années 83 par le biais de l’un des fils du village qui travaillait dans un centre psychiatrique qu’on appelle la Borde, la clinique la Borde en France. C’est au cours de son voyage, dans les années 80, qu’il a invité des amis qui étaient médecins psychiatres, à venir découvrir son village", explique Alex Bichon, responsable du centre.

La présence des pensionnaires ne dérange personne, même les chefs traditionnels apportent régulièrement leur soutien.

"Nous, ici, nous avons accepté d’accueillir les malades mentaux et nous sommes au courant de ce qui se passe à leur niveau", affirme Lamine Dié, le chef du village.

Dans beaucoup de centres psychiatriques en Afrique, les patients sont enfermés, parfois enchainés. A Trinlé-Diapleu, l’accent est mis sur la libre circulation mais aussi sur le suivi rapproché de chaque pensionnaire.

"Si on enferme ces personnes dans un coin qui est clôturé où ils sont entre quatre murs, ils ne pourront pas sortir de leur milieu", indique Alex Bichon.

"Déjà quelqu’un qui vit dans son monde, qui se dit que personne ne s’intéresse à lui, qui se dit que les gens ont peur de lui, s’il vient encore dans une structure qui est fermée, mais ça ne fera qu’empirer les choses", poursuit-il. 

L'heure du "kwamam"

Chaque jour, les pensionnaires du centre ont plusieurs activités. Ce matin, c’est l’heure du kwamam. Tour à tour, les patients prennent la parole et disent ce qu’ils ont dans le cœur.

"Je sais que je suis un patient comme les autres mais il se pourrait qu’il ne veuille pas me toucher. C’est le problème que j’ai avec lui." - Patient 1

"Comme j’ai un peu faim, voilà pourquoi je suis calme ce matin. A part cela, il n’y a rien de grave." - Patiente 2

"Souvent mes maux de tête, mes maladies ça peut arriver, mais il ne faut pas penser que c’est quelque chose de grave. C’est souvent un état dans lequel on peut être." - Patient 3

"Pendant les consultations par exemple, on ne peut pas avoir certains éléments mais pendant la réunion, ces éléments sortent. Un malade peut ne pas se confier à moi, mais peut arriver à se confier à un parent ou à un autre parent d’un malade, ou bien à un patient aussi", souligne l'aide-soignant Boniface Kaba.

Toutefois, les experts veulent miser sur la complémentarité des soins pour prendre en charge les malades.

"Sous un angle, on va dire ethnopsychiatrique en tenant compte de la culture de l’ethnie, de la pensée africaine, proposer un soin qui ne soit pas occidental aux personnes. Je pense que c’est une bonne initiative. Et c’est une offre de traitement qui existe depuis très longtemps et qui a fait ses preuves", confie Dr Anne Corinne Bissouma, psychotérapeute.

La durée moyenne d’un séjour au centre Victor Houali est de 21 jours. Chaque patient est accompagné d’un membre de sa famille.

En Côte d'Ivoire, il y a 541 structures non-conventionnelles et 35 établissements conventionnels de prise en charge de la santé mentale, selon le Programme national de santé mentale (PNSM) en Côte d'Ivoire.