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Le Niger et le Bénin entrevoient une sortie de crise
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
- Published
- Temps de lecture: 7 min
Le Niger et le Bénin ont annoncé le 2 juin la création d'un comité d'experts chargé d'identifier les obstacles et de proposer des solutions pour la réouverture de leur frontière commune dans un délai de 15 jours, a rapporté le même jour l'agence de presse officielle nigérienne ANP .
Cette mesure a été adoptée dans une déclaration conjointe à l'issue de la première visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Niamey, la capitale du Niger, depuis son investiture le 24 mai.
Wadagni et le chef de la Transition nigérienne, le général Abdourahamane Tchiani, ont réaffirmé leur engagement à renforcer la coopération dans les domaines de la sécurité, du commerce et des échanges culturels.
Ils ont souligné l'urgence de rétablir le commerce transfrontalier, vital pour les deux économies, et se sont engagés à coordonner les efforts contre le terrorisme et le banditisme au Sahel.
« Wadagni et Tchiani ont également exprimé leur engagement à œuvrer pour lever tous les obstacles au renforcement de la coopération entre les deux pays, y compris la réouverture de la frontière entre le Bénin et le Niger », a indiqué l'ANP.
La chaîne de télévision publique Tele Sahel a qualifié la visite de Wadagni d'historique, affirmant qu'elle marquait « l'ouverture d'une nouvelle page dans la coopération Niger-Bénin et symbolisait un dégel dans les relations que beaucoup pensaient impossible ».
La chaîne de télévision a indiqué que cette visite, intervenue moins de deux semaines après l'investiture de Wadagni, soulignait son choix de faire du Niger l'une de ses premières destinations à l'étranger.
Expulsion de diplomates
L'expulsion de diplomates a marque le paroxysme de la crise diplomatique qui a opposé le Niger et le Bénin.
Le ministère des affaires étrangères, de la coopération du Niger avait déclaré ''persona non grata Seidou Imourana, Premier conseiller de l'Ambassade du Bénin à Niamey''.
Le diplomate avait 48 heures pour quitter le territoire du Niger selon le communiqué du gouvernement nigérien. Niamey précise que cette décision est une mesure de ''réciprocité'' à l'égard de Cotonou qui a expulsé deux fonctionnaires de l'ambassade du Niger, au Bénin en début janvier 2026.
Depuis 2023, le Niger et le Bénin sont enlisés dans une crise diplomatique qui a pris une dimension économique et politique qui affecte les deux pays et dont l'issue reste encore incertaine.
L'expulsion croisée en début d'année 2026 de personnel d'ambassade constitue une nouvelle escalade de la crise diplomatique qui oppose ces deux pays voisins, membres de l'UEMOA (Union Economique et monétaire Ouest africaine), cette organisation qui regroupe les pays ouest africains ayant le Fcfa en commun.
Deux agents de l'ambassade du Niger à Cotonou ont été priés de quitter le territoire béninois le 1er janvier 2026. Depuis, les deux agents indésirables ont effectivement quitté Cotonou dans les délais impartis et ont rejoint leur pays à travers un vol commercial d'une compagnie aérienne.
Les raisons de leur expulsion n'ont toutefois pas été communiquées par le gouvernement béninois. Mais pour Niamey, la mesure est suffisamment claire pour que la réciprocité soit appliquée dans ce cas.
Le Premier conseiller de l'ambassade du Bénin à Niamey a donc été prié de faire ses bagages et de quitter le Niger dans un délai de 48 heures, car il a été déclaré persona non grata et ne peut plus poursuivre sa mission, ni rester sur le territoire nigérien.
Aux origines de la crise diplomatique et politique entre le Niger et le Bénin
La crise entre le Niger et le Bénin trouve son origine dans le coup d'Etat qui a emmené au pouvoir les dirigeants actuels du Niger.
Lorsque en juillet 2023 les militaires nigériens avec à leur tête Abdourahamane Tchiani renversent le président Mohamed Bazoum, la CEDEAO, l'organisation régionale dirigée alors par le Nigérian Bola Tinubu était montée au créneau pour imposer des sanctions économiques très sévères à l'égard du Niger.
Le pays est suspendu des instances de l'organisation, une fermeture des frontières est décrétée entrainant un arrêt du flux de marchandises entre le Niger et ses voisins, en l'occurrence le Bénin et la position stratégique du Port autonome du Cotonou.
Après les sanctions économiques, des menaces d'une intervention militaire avaient été brandies par l'organisation régionale.
Bola Tinubu du Nigéria, Patrice Talon du Bénin et Alassane Ouattara de la Côte d'Ivoire avaient incarné cette fermeté de la CEDEAO vis-à-vis des militaires nigériens.
L'application des sanctions de l'organisation régionale avec la fermeture des frontières a mis en difficulté le régime de Niamey, confronté à une forte inflation des prix des denrées de premières et des médicaments.
Les relations entre le Niger et le Bénin se sont dégradées, s'envenimant et se transformant en une crise politique entre les dirigeants des deux pays, allant jusqu'à la décision du Niger de fermer à son tour sa frontière avec le Bénin en septembre 2023.
Niamey explique sa décision par une volonté de se protéger accusant son voisin avec qui désormais il n'est pas en odeur de sainteté, d'abriter ''des soldats français qui envisageraient d'attaquer le Niger''. Une accusation fermement démentie par Cotonou et Paris.
Conséquences économiques majeures pour les deux pays
La crise a des conséquences économiques énormes dans les deux pays depuis son éclatement.
La fermeture des frontières a paralysé le commerce, perturbé l'activité économique de part et d'autre.
Selon l'AFP, ce différend a transformé l'un des corridors commerciaux les plus fréquentés d'Afrique de l'Ouest, en une ligne de fracture géopolitique, mettant à rude épreuve les économies des deux pays et menaçant la coopération régionale au sens large.
''Ce sont les populations des deux pays qui souffrent'', a déclaré Ibrahim Abou Koura, transporteur nigérien travaillant à Cotonou, principal centre commercial du Bénin cité par l'AFP.
''Son entrepôt, autrefois très fréquenté, qui traitait les marchandises à destination des villes nigériennes, est aujourd'hui presque vide'' écrit l'agence.
En 2024, le Secrétaire général des chauffeurs routiers nigériens, Gamatie Mahamadou avait déclaré que ''le corridor Niger-Bénin, est l'itinéraire le plus sûr, le plus rentable et le plus court pour les transporteurs et les entreprises''.
Le port béninois de Cotonou, qui était la principale voie d'importation et d'exportation du Niger est sérieusement impacté aussi.
La fermeture des frontières a donc des impacts économiques énormes car ''les communautés frontalières ne peuvent ni commercer, ni accéder à certaines marchandises, en particulier les céréales'' a-t-il indiqué.
Au plus fort de la crise, le Bénin avait suspendu son autorisation de chargement de pétrole provenant du Niger au port de Seme-Kpodji via un oléoduc de 2 000 kilomètres reliant les champs pétrolifères du nord-est du Niger au Bénin et géré par WAPCO, une entreprise chinoise.
L'activité économique est également au ralenti au Port de Cotonou depuis que le gouvernement nigérien a choisi désormais le port de Lomé pour le débarquement et l'exportation des marchandises en partance ou en provenance du Niger.
Le choix du Port de Lomé comme voie alternative a également un coût énorme pour les camionneurs nigériens, obligés d'effectuer un itinéraire plus long et qui les oblige à passer par le Burkina Faso où ils doivent composer quotidiennement avec les risques d'attaques des groupes djihadistes.
La médiation entreprise par les deux anciens présidents du Bénin Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo qui s'étaient rendus au Niger n'a pas abouti.